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Maximilien Bruggmann... Sa vie, son oeuvre



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Arpenteur du Sahara et inlassable globetrotteur, le photographe Maximilien Bruggmann (1934-2016) nous lègue une œuvre considérable bâtie au gré des quelque soixante voyages au long cours qui l’ont conduit sur tous les continents… excepté l’Australie qu’«il gardait pour une autre vie», avait-il coutume de déclarer à ses amis! Près de 150'000 diapositives racontent en effet les hommes, les paysages et la culture des pays traversés, des contrées où il a séjourné, des peuples dont il a partagé le quotidien ou l’histoire.



Fasciné depuis toujours par le Kilimandjaro qu'il escalade en 1958, Maximilien Bruggmann met le cap sur l'Afrique pour la première fois en 1957. A cette époque, le jeune photographe, suisse romand d'adoption bien que né à Entlebuch dans le canton de Lucerne le 26 juillet 1934, vit à Lausanne depuis 1953 où il exerce la profession de graphiste après avoir suivi les cours de l’École d'Art de Lucerne en 1949, puis ceux de l’École d'Art de Berne. Ce premier voyage, effectué en auto-stop, va durer huit mois et conduira l'aventurier d'Alger à Zanzibar en passant par le Niger, le Tchad, le Congo, l'Ouganda, le Kenya et le Tanganyika (Tanzanie). Pour Maximilien Bruggmann, ce périple revêt une importance capitale puisque, grâce à lui, il découvre l'art rupestre et un territoire dont il tombe définitivement amoureux et qu'il ne cessera désormais d'explorer, de sillonner, de photographier : le Sahara.
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Cap sur le Sahara

Depuis plus de quarante ans en effet, attiré par la préhistoire, l'art et par les peuples du désert, il consacre une grande partie de sa vie à ces territoires arides habités par les nomades. Il multiplie les missions et voyages dans le plus grand désert pour y photographier les richesses et secrets qu'il recèle, à savoir : les peintures et gravures rupestres, les civilisations traditionnelles et les paysages de sable et de roche façonnés par le vent et le temps. Entre 1961 et 1962, il séjourne chez les Touareg du Tassili n'Ajjer (Algérie) d'où il rapporte un film inédit sur la vie des populations nomades de la région intitulé: Ombres bleues du Tassili qu'il présente dans toute la Suisse à l'occasion d'une tournée de conférences sous l'égide de «Connaissance du monde» et même à Paris à la salle Pleyel. En 1964, il dirige une mission de trois mois au Fezzan, Tassili et Hoggar (Libye et Algérie) pendant laquelle il étudie les ethnies locales (population noire du Fezzan, Touareg du massif du Tassili et du Hoggar) et recense les peintures et gravures rupestres des régions qu'il traverse.

Entre 1966 et 1967, après un voyage dans le Sud marocain et le Sud tunisien à la rencontre des tribus nomades du désert et des sédentaires peuplant les oasis, il prend la tête d'une importante mission qui le conduira au Tassili, Ténéré, Tibesti et Tchad (Mission T4), pendant laquelle il tourne une série de six films intitulée L´homme face au désert pour la Télévision Suisse Romande. Pendant ce périple qui dure six mois et demi, le photographe - qui travaille régulièrement avec les Musées d'ethnographie de Bâle, de Genève ou Neuchâtel en contribuant à compléter leurs collections d´outillage préhistorique et d´objets traditionnels (pièces de harnachement des chameaux, habitat touareg, objets utilisés dans la vie quotidienne des campements, bijoux) ou en les aidant à monter des expositions thématiques sur le Sahara - rapporte une documentation iconographique complète sur les ethnies qu'il côtoie, ainsi que sur les peintures et gravures rupestres des régions qu´il traverse. Il découvre d´ailleurs une nouvelle station d´art préhistorique dans l´Enneri Blaka (Niger), sur le plateau du Djado. Il retournera dans cette région pour un voyage de trois mois entre 1968 et 1969 et recense encore sept sites inédits. Il profite de ce voyage pour effectuer un reportage sur l'extraction du sel à Bilma et le transport de cette précieuse marchandise par une caravane chamelière traditionnelle - Azalaï - à travers le Ténéré en direction d´Agadès.

Entre 1969 et 1970, il conduit une mission photographique dans la région du Sahel (Mauritanie, Sénégal, Mali et Niger) au cours de laquelle il travaille avec le professeur Henri Jean Hugot, ethnologue, paléontologue, vice-directeur du Museum d'Histoire naturelle à Paris, qui mène à ce moment-là des recherches en Mauritanie sur des villes néolithiques surplombant les sables. Il réalise également de nombreux documents photographiques le long du fleuve Niger, à Tombouctou et Gao, ainsi que sur les Peuls Bororo au Niger. Plusieurs de ses reportages sont conservés par le Musée de l'Université de Dakar et le Musée d'ethnographie de Niamey. Dans les années 70, l'Algérie et le Maroc sont au programme puis, quelques années plus tard, le Niger et le Ténéré.


La préhistoire, les nomades, le désert

Entre 1999 et 2004, il effectue six missions au Niger, dans les montagnes de l'Aïr et au Ténéré avec l'Association française Le Lien, qui emmène au Sahara des adolescents français en rupture avec notre société industrielle, pour les initier au désert et aux règles de vie et valeurs ancestrales dictant le quotidien des populations traditionnelles habitant cette région. Pendant ces voyages de plusieurs mois spécialement élaborés par son ami le guide saharien Jean-Claude Bourgeon, les jeunes partagent la vie des éleveurs nomades touareg vivant dans l'Aïr, aussi bien dans leurs campements au sein même des familles qu'au rythme des caravanes chamelières.




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Pour Maximilien Bruggmann, ces voyages sont l'occasion de traverser et photographier des régions parfois inconnues de l'homme blanc et de recenser des sites rupestres et préhistoriques inédits à ce jour, d'immortaliser l'arrivée de la caravane de chameaux dans une guelta, de photographier le chamelier lorsqu'il est occupé à charger ses bêtes pour l'étape de la journée ou de surprendre, le soir autour du feu, les Touareg évoquant leur vie. Elles sont aussi le prétexte pour lui de se replonger dans la vie quotidienne des campements en photographiant un puits à l'heure où les troupeaux sont abreuvés, une jeune femme parée de ses plus beaux bijoux, s'occupant de ses enfants, trayant les chèvres ou pilant le mil, un vieil homme faisant du thé ou un azawakh (lévrier du Sahara) couché au soleil, un peu à l'écart des hommes.

Fasciné par les éleveurs nomades, il va à leur rencontre, partage leur existence, s’imprègne de leurs traditions, s’enrichit de leur expérience. Tout en se faisant un point d’honneur de rester discret et respectueux, il profite de leur connaissance du milieu pour réaliser des photographies inédites et chargées de sens. Le reconnaissant comme un des leurs, les éleveurs nomades surnomment d'ailleurs affectueusement Maximilien Bruggmann Efitel (le mouflon) parce qu'il ne cesse, du matin au soir, de sauter de rocher en rocher pour inspecter chaque abri susceptible de contenir des peintures ou gravures, de franchir dunes et oueds pour fixer sur sa pellicule un site préhistorique, un paysage, un arbre perdu au milieu des sables, une montagne se découpant dans le ciel, une empreinte laissée par le vent sur le sable, une dune qui fume à l'horizon, une trace de serpent, une touffe d'herbe, une piste caravanière qui se perd dans les montagnes...

Ainsi, durant un demi-siècle, Maximilien Bruggmann constitue l’un des fonds d’archives photographiques les plus importants du monde sur les sites préhistoriques sahariens, sur les paysages et les peuples menant une existence traditionnelle. Au cours de ces missions de longues durées, il fait parfois la route avec d’autres chercheurs et experts du milieu saharien parmi lesquels l’erpétologiste Jean Garzoni, le professeur Henri Jean Hugot, ethnologue, paléontologue et spécialiste de la préhistoire, et le professeur Théodore Monod.


Une œuvre au service des livres

Maximilien Bruggmann, qui fut le photographe officiel de l'Exposition Nationale en 1964 à Lausanne, illustre au cours de sa carrière de nombreux livres pour les Editions C.J. Bucher, Silva et Bär. Abandonnant momentanément le Sahara il arpente d'autres points du globe comme le Mexique, la Colombie, le Pérou, la Bolivie, l'Equateur, l'Argentine, le Chili, le Canada, les Etats-Unis, le Sri Lanka, l'Indonésie, l'Inde, ainsi que bon nombre de pays ou territoires européens (Belgique, Corse, Sardaigne, Finlande, Norvège, Provence, Camargue, Bretagne, Valais, Suisse centrale) ou villes du Vieux Continent (Venise, Rome, Londres).

Homme de l’imprimerie et du papier, il a toujours considéré que les livres étaient un moyen idéal de partager ses découvertes et passions avec le grand public, de faire voyager ses lecteurs. Son ami, le journaliste et écrivain Alex Décotte, cofondateur de l’Association des Amis de Maximilien Bruggmann, a signé les textes de plusieurs ouvrages : Gauchos (éditions C.J. Bucher, 1978), Corse et Sardaigne (éditions Silva, 1982) ou encore Cowboys & Rodeo (éditions Bär, 1989). Avec le journaliste et écrivain d’art Sylvio Acatos, le photographe sort de presse un ouvrage sur les Pueblos (édition Verlag) qui est un remarquable livre d’art. En 1999, les éditions de L’Amateur publient Sahara - Art rupestre. Cet ouvrage de référence de quelque 600 pages et 660 photographies, présente les plus importants sites rupestres photographiés par Maximilien Bruggmann. Il est enrichi de textes du professeur Henri Jean Hugot tandis que la préface est signée par le professeur Théodore Monod.


Fidèle en amitié…

Lorsqu’il ne voyageait pas, le photographe aimait à cultiver l’amitié, n’hésitant pas à recevoir à sa table, à Yverdon-les-Bains (VD), ses compagnons d’aventure et de voyage, ainsi que bon nombre d'éditeurs, journalistes, écrivains, de scientifiques, conservateurs de musées, chercheurs, guides ; sans oublier les jeunes aventuriers et photographes venant lui demander conseil.lières.


Le dernier voyage : mise en valeur et conservation de l’œuvre

A partir de 2004 et jusqu'à son décès, le 21 août 2016 à Yverdon-les-Bains (CH) à l'âge de 82 ans, Maximilien Bruggmann, dont la santé déclinante l'empêchait désormais de faire des voyages au long cours, entreprend alors une ultime grande navigation... au cœur de ses archives photographiques. Le photographe travaille en effet à l'archivage et à la conservation de son œuvre. Des gauchos argentins aux chameliers touaregs en passant par la route des épices, les décors démesurés des parcs nationaux américains, les panoramas grandioses des Alpes ou le chatoiement coloré des cérémonies amérindiennes, près de 150'000 diapositives constituent des témoignages d’une grande variété et d’une extraordinaire richesse. Passant méticuleusement en revue les grands thèmes et les voyages qui rythment son œuvre, il sélectionne alors pour chacun d'entre eux les images qui lui semblent les plus intéressantes aussi bien du point de vue artistique que thématique et entreprend de les numériser.


L’aventure continue…

Aujourd’hui, alors que Maximilien Bruggmann a, comme le disait le professeur Théodore Monod, « passé sur l’autre rive », un noyau d’amis de toujours, parmi lesquels Alex Décotte, André Dutoit et Jean-Claude Bourgeon, et son frère Peter Bruggmann travaillent désormais à pérenniser l’œuvre du photographe et à la conservation du fonds d’archives : diapositives, films, documents graphiques, peintures, livres, documents et carnets documentant ses voyages, souvenirs et objets. Ils ont fondé à cet effet l'Association des Amis de Maximilien Bruggmann qui a pour double mission d'entretenir le lien avec ses amis sur le site www.les-amis-de-maximilien.org et de poursuivre la publication de ses photographies sur les sites www.maximilien-bruggmann.ch (ce site) et www.maximilienbruggmann.com afin de conserver et mettre en valeur ce patrimoine culturel unique constitué souvent de documents inédits et irremplaçables.

« Nous avons tous perdu aujourd’hui un ami qui nous était particulièrement cher. Le travail de numérisation et de la publication que nous avions entrepris depuis des mois – et qui sera poursuivi, j’espère – m’avait rapproché un peu plus encore de ce frère en amitié, discret, profond, volontaire, chaleureux et complice », souligne Alex Décotte, fidèle équipier du photographe, moteur du groupe et président de l'Association.

Texte: Armande Reymond, journaliste, membre de l'Association des Amis de Maximilien Bruggmann



>> Hommage, publié en "pharts - le magazine suisse des arts" - Octobre-Novembre 2016




Principeaux livres illustrés par Maximilien Bruggmann

En un peu plus de cinquante ans, Maximilien Bruggmann, qui vit depuis trente-cinq ans à Yverdon-les-Bains et qui a effectué une soixantaine de voyages, a illustré
quelque 60 livres parmi lesquels:


Sahara, Silva-Verlag, Zürich, 1969, textes de Sylvio Acatos
Pérou, Silva-Verlag, Zürich, 1970, textes du professeur Jean-Christian Spahni
Les Touareg, Catalogue d'exposition, Editions Musee d'Ethnographie de Neuchâtel, 1972, textes de Jean Gabus
Argentine, Silva-Verlag, Zürich, 1974, textes du professeur Jean-Christian Spahni
Parcs Nationaux des Etats-Unis, Silva-Verlag, Zürich, 1976, textes de Sylvio Acatos
Les gens du matin - Sahara Dix mille ans d'art et d'histoire, Verlag C. J. Bucher, Luzern und Frankfurt/M., 1976, textes du professeur Henri Jean Hugot
Die Anden, Verlag C. J. Bucher, Luzern und Frankfurt/M., 1977, textes de Hugo Loetscher, Jean-Christian Spahni, Herbert Wilhelmy
Maroc , Verlag C. J. Bucher, Luzern und Frankfurt/M., 1979, textes du professeur Henri Jean Hugot
Maroc millénaire, La Bibliotheque des Arts, Lausanne und Paris, 1979, textes du professeur Henri Jean Hugot
Gauchos, Verlag C. J. Bucher, Luzern und Frankfurt/M., 1978, textes d´ Alex Decotte
L'Amérique Centrale, Silvalag, Zürich, 1980, textes du professeur Jean-Christian Spahni
Culture des Incas, Atlantis-Verlag, Zürich, 1980, textes de Simone Waisbard
Corse et Sardaigne, Silva-Verlag, Zürich, 1982, textes d´ Alex Decotte
Canada, Silva-Verlag, Zürich, 1982, textes du professeur Jaccques Roy
Provence et Carmarque, Silva-Verlag, Zürich, 1983, textes d´ Alex Décotte
L'Egypte, Silva-Verlag, Zürich, 1985, textes du docteur Barbara L. Begelsbacher Fischer et du docteur Arnold Hottinger
Les Indiens d'Amérique du Sud, Silva-Verlag, Zürich, 1986, textes du professeur Jean-Christian Spahniet du docteur Rudolf Moser
Californie, Silva-Verlag, Zürich, 1988, textes de Harold Haefner
Die Pueblos, U. Bär Verlag, Zürich, 1989, textes de Sylvio Acatos
Cowboys & Rodeo, U. Bär Verlag, 1990, textes d´ Alex Decotte
Venice, Silva-Verlag, Zürich, 1991, textes de Camillo Semenazato
La route des épices, Silva-Verlag, Zürich, 1991, textes du professeur Jean-Christian Spahni
Londres, Silva-Verlag, Zürich, 1992, textes de Georges Waser
Rome et Vatican, Silva-Verlag, 1994, textes de Théodor Wieser
Ténéré - Durch die südliche Sahara, Verlag C.J. Bucher München, 1996, textes de Hans Ritter
Rund um den Vierwaldstättersee, Silva-Verlag, Zürich, 1997, textes du docteur Fritz Kamer
Le Valais, Silva-Verlag, Zürich, 1997, textes du docteur Fritz Kamer
SAHARA Art Rupestre, Editions de l´Amateur, Paris, 1999, textes du professeur Henri-Jean Hugot




Sorti de presse en 1999, Sahara - Art rupestre, Editions de L'Amateur, Paris, textes du professeur Henri Jean Hugot et préface du professeur Théodore Monod, est un catalogue raisonné des peintures et gravures rupestres du Sahara. Pour Maximilien Bruggmann, cet ouvrage de quelque 600 pages et plus de 650 photographies représente l'œuvre d'une vie. Le photographe possède en effet l'une des collections iconographiques les plus complètes du monde sur l'art rupestre au Sahara.


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Expositions

1965 -  Photographies, Galerie Club Migros, Lausanne (Suisse)
1999 -  Visions du Sahara (photographies et peintures), Y-Parc SA, Yverdon-les-Bains (Suisse)
1999 -  Présentation officielle du livre Sahara - Art rupestre, Paris
1999-2004 -  L'Appel du Désert (photographies), Centre le Bournot, Aubenas/ Ardèche (France).
Ces expositions sont organisées par l'Association Le Lien (Centre d'éducation renforcée)
2004 -  Schüpfheim, Touareg - Sahara - Depuis les montagnes de l'Aïr au Ténéré, Kunstverein Amt Entlebuch / Lucerne, Suisse
2009 -  Les quatre continents de Maximilien Bruggmann, Le Manoir - Martigny, Suisse
2013 -  Niger: Du fleuve au désert, Shawinigan - Québec - Canada
2013 -  Le monde de Maximilien Bruggmann, Ferney-Voltaire, France
2016 -  Le Sahara de Maximilien Bruggmann, Le Crès - Montpellier, Frankreich